30/09/2013

TRAGEDY OF A FRIENDSHIP PAR BASTIEN

« Une galerie de fous ». Tels sont les termes utilisés par le personnage de Nietzsche dans Tragedy of a Friendship pour décrire le travail de Wagner. Cette pièce raconte, comme son titre l’indique, l’amitié entre Nietzsche et Wagner. Cette dernière est plutôt étrange, puisque si Wagner dit que Nietzsche est ce qui lui est arrivé de mieux après sa femme, Nietzsche s’évertuera à critiquer l’œuvre de Wagner à la fin de sa vie. La pièce présente donc des tableaux où les personnages de Nietzsche et de Wagner évoluent dans leur amitié et, semble-t-il, leur folie, entrecoupés de tableaux présentant les opéras de Wagner (tels L’anneau des Nibelungen ou Siegfried). Tout cela projette nos deux personnages vers une fin qui les critique dans leur quête du génie, où chacun aide l’autre à se hisser à travers une mer de plumes avant de recevoir des projectiles (on comprendra ce qu’on voudra de ces projectiles) de la part d’oiseaux hors champ, pour finalement disparaître en reculant dans ladite mer de plumes.

Une galerie de fous, disais-je, et c’est à mon sens ce qui pourrait le mieux décrire cette pièce de Jan Fabre. Les tableaux s’enchaînent apparemment sans lien logique, passant de Wagner et Nietzsche qui se présentent à un groupe de fous torturés par leur folie au sol jusqu’à ce qu’ils puissent se maintenir le crâne pour parler, par exemple. Mes connaissances sur la vie des deux personnages étant très limitée, je n’ai pu comprendre dès le début l’enchaînement des tableaux. Cela m’a perdu quelque peu, ne sachant pas très bien à quel fil rouge me raccrocher. L’on reconnaissait Wagner au béret qu’il portait et Nietzsche à ses lunettes, mais le reste s’embrouillait dans mon esprit.

Et puis je vis les œuvres de Wagner. Avec peu d’accessoires, la dimension épique de certains opéras nous parvient, parfois même sans chant. L’image du chevalier en armure dominant tous les corps plantés d’une épée était à la fois belle et terrible. Durant toute la pièce, les comédiens, tantôt danseurs luttant contre une douleur insoutenable, tantôt mimes pris de folie, tantôt œuvres d’art immobiles, nous livrent une prestation impressionnante.

Et pourtant, la pièce m’a laissé un goût très désagréable. En effet, si le fait que les comédiennes soient souvent mises à nu ne me dérange pas outre mesure, certaines scènes en particulier m’ont beaucoup dérangées. Encore maintenant, après discussions et recherches, je n’arrive pas à les rattacher à la pièce avec logique. Dans les premières dizaines de minutes de la pièce, par exemple, nous assistons à une scène de viol. Deux hommes sautent sur une jeune femme, la déshabille et se la partage pendant qu’elle se déchire en hurlements affreux. Cela a parfois été fait dans des films, par exemple, mais l’acte est souvent beaucoup plus suggéré qu’ici. Et même s’il ne l’est pas, voir des personnes agir à quelques mètres de vous, dans une prestation si convaincante ne vous donne plus envie de regarder la pièce.

Peut-être était-ce pour banaliser la violence dans la pièce, mélanger la violence physique du viol à la violence mentale de la folie. Peut-être était-ce dans une démarche artistique, sûrement même, mais le problème est là : cela ne donne plus envie de regarder.

Un autre problème survient lors d’une autre scène de violence : quatre femmes en sous-vêtements se tiennent debout, en ligne droite, face aux spectateurs, et quatre hommes (un pour chaque femme), tirent celles-ci en arrière, dans le but avoué d’un acte sexuel. Les femmes se débattent, se libèrent, reviennent à leur place d’origine, sans bouger. Les hommes en profitent donc pour leur resauter dessus, les retirer en arrière, etc. La scène étant très longue, outre le principe de viol, ce qui m’a posé problème est l’ennui que cela procure. Refaire une action est en effet un moyen de banaliser celle-ci, et pourtant, à force de la voir jouée, rejouée, encore et encore, cela ne nous donne plus envie de regarder tant que le tableau n’a pas changé.

Au final, ces deux scènes m’ont fait me poser une question que je juge importante : pourquoi ? En effet, si l’on est au théâtre, c’est bien pour voir une pièce. Pourtant, ici, elle nous donne envie de détourner les yeux, de faire autre chose, de ne plus regarder. Dans ce monde où beaucoup passe par le regard, pourquoi Jan Fabre cherche-t-il à détourner celui de son public ? Était-ce réellement son but ? Voulait-il juste nous déranger dans nos habitudes à ne voir la violence que racontée au téléjournal ou dans notre quotidien préféré ?

Je ne peux répondre à ces questions, et pourtant ce sont elles qui ne m’ont pas fait apprécier la pièce. Loin d’être sensible à ce genre de scène, je me demande toujours si elles ont un lien avec le fil rouge de l’œuvre. N’arrivant pas à attraper clairement ce dernier, c’est peut-être pour cette raison que je n’ai pu comprendre ou apprécier la pièce. Elle restera dans mon esprit « cette pièce dérangeante avec la scène de viol ».

 Bastien Lance

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