28/10/2013

LA GLORIFICATION DU HEROS CORNELIEN

Dès mardi 29 octobre, la Comédie accueille les deux nouvelles mises en scène de Brigitte Jaques-Wajeman: Pompée & Sophonisbe. Les deux pièces se joueront en alternance jusqu'au samedi 2 novembre.
 
                                                                                                                     © Cosimo Mirco Magliocca
 
Au centre de l’œuvre de Corneille, il y a le personnage héroïque.
 
Corneille est connu pour une littérature moralisante. Au-delà du préjugé, son œuvre recèle une richesse et une complexité que peu de dramaturges ont égalées. Sa morale « consiste … à faire coïncider les désirs des personnages avec la conception qu’ils ont de leur propre supériorité, ce qui les entraîne inéluctablement à dépasser le statut de simple personnage pour accéder au rang de héros. »1. Corneille se fait ainsi le peintre d’êtres exceptionnels animés par leur grandeur d’âme, par une passion, une ambition et un orgueil sans égal. Un orgueil que tous les protagonistes de Corneille possèdent, que leurs intentions soient louables ou non. Aussi le rang social des personnages est une condition essentielle au drame Cornélien :
 
« J’ai de l’ambition, et soit vice ou vertu,
Mon cœur sous son fardeau veut bien être abattu ;
J’en aime la chaleur et le nomme sans cesse
La seule passion digne d’une princesse.2 »
 
Chez les femmes, l’idée de gloire réside dans la conquête d’un époux puissant. Sophonisbe préfère, par exemple, Massinissa à Syphax (vaincu et vieux) :
« Ma gloire est d’éviter les fers que vous portez » 3.
Le protagoniste cornélien est obsédé par son destin : « il faut être héros ou cesser d’être ».5 Cet excès de passion chez les personnages de Corneille pousse souvent l’auteur à l’encontre de la tradition rhétorique et morale de l’époque qui tend à garder la conscience du spectateur éveillée, en trouvant un juste équilibre entre l’illusion théâtrale et la conscience de cette illusion. Corneille privilégie la construction dramatique de son œuvre et sert la fougue de ses personnages. Ceux-ci, se trouvant souvent en position de conflit moral et idéologique, doivent prendre des décisions. Grâce aux discours rhétoriques, Corneille mène l’action de ses pièces tout en dépeignant ses héros. Dans La Mort de Pompée, la première scène est un exemple éloquent de cette manière de procéder. Elle permet au lecteur de saisir immédiatement les enjeux de la pièce et de desceller la nature des personnages à travers leur argumentaire.
 
 Mais si le caractère des protagonistes de Corneille contribue en premier lieu à leur glorification, il n’en est pas le seul élément. La concentration de l’intrigue autour d’un protagoniste central accentue cette volonté d’autant plus qu’elle est toujours surlignée, pour les tragédies du moins, par un titre anthroponyme. Si ce procédé n’est pas inhabituel pour l’époque, il l’est dans le fait que le nom du titre n’est pas toujours attribué au personnage qui apparait le plus dans la pièce. En effet, Corneille titre ses œuvres suivant ses héros, suivant le personnage qui prend le dessus sur les autres. L’exemple le plus frappant est sans conteste Pompée qui n’apparaît jamais sur scène mais qui occupe tout le centre de sa tragédie et lui en donne son titre.
 
 
Tatiana Auderset

 
1www.espacefrancais.com/pierre-corneille/#Tragedie-histoire-et-politique
2. Pompée, II, 1
3. Sophonisbe III, 6
 

 
 

 

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