28/10/2013

CORNEILLE, NOTRE CONTEMPORAIN

Brigitte Jaques-Wajeman a porté tout au long de sa carrière, un grand intérêt à l'œuvre de Corneille. Depuis 2 ans, elle se penche plus précisément sur le "théâtre colonial" de Corneille.
                                                                                                                     © Cosimo Mirco Magliocca
"Dans Pompée, 1643, sa première pièce romaine qui se déroule hors de Rome, Corneille rompt avec l’idéal héroïque et affronte avec un réalisme qui ne se démentira plus, l’extrême ambivalence de la politique, le mélange des causes personnelles et du bien commun, la perte inexorable des valeurs. On y voit César asseoir son pouvoir personnel en Egypte et remettre les Egyptiens à leur place: “Vous qui devez respect au moindre des Romains”!

Dans Sophonisbe 1663 se mêlent des haines politiques féroces à une atmosphère érotique très intense… La  figure de Sophonisbe est admirable de grâce et de violence, de courage et de folie.
Résistance et collaboration, révolte et soumission, répugnance et fascination s’entremêlent inextricablement dans les intrigues politiques de ces deux pièces. L’intérêt des situations redouble de ce que souvent les opprimés se révèlent odieux et les oppresseurs plutôt généreux! Le désir insatisfait et la guerre constituent le fond commun de Pompée et de Sophonisbe.
A la lumière de l'actualité, (printemps arabes, guerres en Afrique, affrontements des puissances occidentales et du Moyen-Orient) cette profonde réflexion sur l'Histoire coloniale, éclaire singulièrement notre propre condition. Comme Shakespeare, Corneille a osé mélanger les deux registres  de la comédie et de la tragédie, ce qu'on lui a reproché longtemps. Son "impureté" fait aujourd'hui sa modernité, car nous vivons des temps impurs."
Brigitte Jaques-Wajeman

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