15/10/2013

SIEGFRIED, NOCTURNE PAR ELENA

C’est dans une Allemagne dévastée par la seconde guerre mondiale que le héros s’éveille. Siegfried, transposé pour l’occasion de l’univers de la mythologie germanique à notre monde, part en quête du Fleuve, le Rhin, seul point de repère qu’il semble avoir dans ce pays anéanti, méconnaissable. 
L’orchestre se trouvant sur scène, il reste peu d’espace pour mettre en place le paysage dans lequel évolue Siegfried. Pas besoin de grand-chose pourtant pour que la magie opère : un miroir judicieusement positionné, une grande toile, un éclairage s’adaptant au fil du spectacle, et c’est bien suffisant.

© Marc Vannapelghem



Le baryton Bo Skovhus, magnifique de puissance, accompagné d’une musique poignante à la limite de l’oppressant, emmène le spectateur dans sa quête. Mais Siegfried ne fait pas que constater et déplorer l’horreur : il se questionne, il interpelle. Est-ce qu’en ayant tué le dragon et ainsi banni l’imaginaire du monde des hommes il s’est rendu responsable de ce carnage ? Les machines et les nombres ont-ils surpassé la poésie des mots ? L’existence des livres a-t-elle encore un sens ?

Ce sont des questions qui restent à méditer, une fois le spectacle terminé.

L’emploi de la langue allemande fait sens, tant dans le contexte du spectacle que dans l’intensité qu’elle confère aux parties chantées. Toutefois pour les non germanophones le surtitrage français est essentiel et la mauvaise visibilité de celui-ci est à déplorer. A peine lisibles depuis le fond de la salle, le simple fait de déchiffrer les surtitres détourne l’attention du spectateur de la scène. Cela revient en somme à choisir entre se laisser happer par la prestation de Bo Skovhus ou profiter de la beauté du texte d’Olivier Py.

Le souvenir de cette représentation reste cependant globalement positif. Nul doute que si j’avais eu une meilleure connaissance de la langue de Wagner, je n’aurais pas trouvé grand-chose à redire sur Siegfried, nocturne.

Elena Cors

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