24/01/2014

AJAX PAR ELENA

© Frank Berglund

Avec Sophocle, Wajdi Mouawad s’attaque aux origines du théâtre occidental. Loin de nous proposer une adaptation « fidèle », telle qu’on aurait pu la voir en Grèce antique, le metteur en scène s’est posé la question de comment transposer ce type de théâtre, comportant trois acteurs tout au plus et un chœur, au monde actuel.
 

Ajax, qui forme avec Œdipe Roi le diptyque Des Héros, est l’histoire d’un revers de médaille, de la chute d’un héros incapable d’affronter le déshonneur. L’intemporalité de ce thème permet d’avoir une résonnance chez le public moderne, d’où l’importance de l’adapter avec justesse.

 
Le rôle du chœur était à l’origine était de faire le lien avec le public. Tel une instance morale, il commentait l’action et indiquait aux spectateurs comment il convenait de réagir à ce qu’ils voyaient. A qui incombe ce rôle aujourd’hui ? Aux médias. Ce sont donc un poste de radio, une télévision, un téléphone portable et une pile de journaux qui endossent le rôle de « maîtres de cérémonie » de cette soirée. Un choix qui surprend de prime abord, mais qui au final prend tout son sens. Ils permettent à la fois de dédramatiser avec beaucoup d’humour l’enjeu et le message de la pièce, sans toutefois l’effacer. Ils prennent le spectateur par la main, pointent du doigt ce qui doit l’être mais toujours avec humour, comme le ferait un ami ou un parent bienveillant soucieux de ne pas en imposer trop à une âme sensible.


Quand il s’agit de transmettre un message par le biais d’une entreprise artistique, beaucoup choisissent la provocation et le choc afin de s’inscrire avec force dans les mémoires. Bien moins sont capables de le faire avec finesse. En mêlant des moments forts et intenses à des interventions humoristiques de tout registre, Wajdi Mouawad rend le tout beaucoup plus digeste pour le spectateur, et aboutit ainsi à une communication réussie.
 
Elena Cors

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