08/01/2014

SHITZ - LA GUERRE

Hanokh Levin a vécu au rythme de la guerre toute sa vie : la guerre d’indépendance, 1948, du Sinaï, 1956, de Six Jours, 1967, du Kippour, 1973, la première guerre du Liban, 1981, la première Intifada, 1987-1993. L’écriture politique de Levin naît et évolue au fil de ces différents événements. Sa première pièce, Toi, moi et la prochaine guerre, est écrite à la suite de la guerre des Six Jours. Le spectacle joué en 1968 connaît une censure presque immédiate, mais cela n’empêche pas Levin de continuer dans une voie satirique, critique et percutante, ne faisant place à aucune concession ou rédemption. Shitz s’inscrit dans cette logique et est écrite en réaction à la guerre du Kippour. C’est ainsi que cette comédie de moeurs se développe en une pièce politique avec une critique de la lutte armée et de ses conséquences. Si Tcharkès s’enrichit grâce au commerce de la bataille en construisant des tranchées, il va devoir lui-même se battre au front et mourir pour sa patrie. Procédé ironique qui relève l’absurdité de la guerre et que Levin dénonce tout au long de son texte, de manière presque anodine parfois :

«TCHARKÈS : C’est la guerre.
SHPRATZI : La guerre ?
SÉTCHA : Quoi, la guerre ?
Nous n’avons pas encore mangé le dessert !
TCHARKÈS : Pourquoi tant d’émotion ?
Il faut bien qu’une guerre éclate de temps en temps, non ?
Chez nous, ça marche avec les saisons :
hiver, printemps, été guerre.»

© Marc Vanappelghem





Les conséquences de la guerre ont un effet direct sur les personnages de Levin, dans Shitz, Tcharkès laisse une jeune mariée enceinte derrière lui. Elle qui rêvait sortir du joug familial, est désormais contrainte de rester chez ses parents. Les parents qui souhaitaient se débarrasser de leur fille par le mariage, doivent finalement la garder à la maison. C’est peut-être lorsqu’ils essuient ces conséquences que les personnages deviennent touchant et ce, malgré les pires bassesses dont ils ont fait preuve auparavant.

Levin était profondément humaniste et a dénoncé la guerre tout au long de sa vie et de son oeuvre. Il ne voulait pas traduire ses pièces politiques, car il voulait critiquer son pays de l’intérieur, mais la force universelle de son écriture ressort presque malgré lui, par l’excès et l’humanité de ses personnages, dépassant largement les frontières d’Israël.
Tatiana Auderset

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