24/01/2014

OEDIPE ROI PAR PEDRO

Discutable. S’il me fallait ne choisir qu’un mot pour décrire l’Œdipe Roi de Wajdi Mouawad, ce serait celui-là. L’équation « Sophocle + Mouawad » avait pourtant un potentiel certain, mais au sortir de la salle, force est de reconnaître que le résultat tient plus au doute qu’à la satisfaction.
 
 © Frank Berglund
 
Il y a pourtant de très bonnes idées dans ce qui est proposé. Le chœur notamment, composé d’un chanteur lyrique et d’un chanteur dont le timbre n’est pas sans rappeler celui d’un certain Bertrand Cantat, dont chacune des interventions est un vrai régal. La pièce est ainsi ponctuée de performances musicales bienvenues qui brisent un peu l’immobilisme général. La scénographie également, simple de prime abord, se révèle en fait pleine de surprises et extrêmement bien pensée. Le seul élément de décor est en effet une sorte de grand tableau monochrome suspendu, immobile. Seulement, à l’image de ce qui se passe dans la pièce, il n’est pas vraiment ce qu’il semble être et va en réalité être un élément majeur de la mise en scène de Mouawad. La performance des acteurs est également sans reproches, et on sent que l’esthétique générale de la pièce a bénéficié d’un grand soin.


Tout cela baigne néanmoins au milieu de choix de mise-en-scène… discutables, justement. Chaque personnage sur scène est soit parfaitement immobile, soit en train de se déplacer avec une extrême lenteur. Est couplé à cette absence totale de dynamisme le fait que pendant la majeure partie de la pièce, les comédiens sont tournés vers le public lors de leurs interventions, supprimant ainsi toute interaction sur scène. La combinaison de ces deux facteurs génère ainsi ce qui est le problème majeur de la pièce à mon sens : neuf dixièmes de ce qui se passe sur scène est parfaitement dispensable. Beau, certes, mais dispensable. Fermer les yeux pendant la première heure et demie de la pièce ne ferait perdre aucune information au spectateur. La pièce est ainsi plus une émission de radio qu’une réelle pièce de théâtre, et ce n’est pas une bonne chose, puisque, en plus de soumettre le spectateur a un ennui visuel indéniable, cela rend caduque, voire vaine, toute la recherche et le soin dont l’esthétique a bénéficié.
Néanmoins on ne sort pas d’Œdipe Roi en ayant l’impression d’avoir perdu son temps, bien au contraire. Wajdi Mouawad propose simplement une expérience différente aux enjeux différents en tentant de mêler pièce classique et mise en scène contemporaine.
Pedro Xisto

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