29/01/2014

SHITZ PAR GUILLAUME


 © Marc Vanappelghem

 
C'est dans l'intimité du studio Claude Stratz, aménagé en cabaret pour l'occasion, que nous pénétrons pour assister à la représentation. Une disposition intéressante, qui place véritablement chaque spectateur aux premières loges du drame décalé qui va se dérouler. Qui est en train de se dérouler, de fait ! car j'aperçois déjà Michel Kullmann – excellent dans le rôle de ”papa Shitz” – qui s'approche tout sourire pour nous ouvrir le vin. Il est suivi de peu par Camille Figuereo, grimée en ”maman Shitz”, qui vient doucement se renseigner sur mon célibat puis me proposer la main (et les courbes) de sa fille, Shpratzi, jouée par Brigitte Rosset. Il faut dire que pendant que je décline assez maladroitement, certains derrière moi finissent encore de s'installer et d'enlever leurs manteaux... Le message est clair, il y a vraiment urgence chez les Shitz ! Il faut marier cette fille, et vite. Le plus vite possible semble-t-il, mais à quel prix ? Elle rencontre alors Ahmed Belbachir, dans le rôle de Tcharkes, pour le meilleur et pour le pire...

Plusieurs tours de force dans cette mise en scène d'Hervé Loichemol. Tout d'abord au niveau du rythme : tout au long de la pièce, ça avance. Ça bouge, ça bouffe, ça baise, ça meurt, et ça pleure aussi un peu au milieu ; et pas une seconde de répit, nous sommes autant happés par la proximité crasse que par ce tempo choisi pour jouer les scènes. Et si je dis ça, et pas ils, c'est parce que petit-à-petit les personnages n'auront bientôt plus d'humain que l'apparence ! Ce qui rend délicieux et tragique les quelques derniers sursauts d'humanité, découlant de leurs faiblesses...

 
Ensuite, et que l'on aime ou pas, l'utilisation du chant, malgré la difficulté de chanter a capella, ne pêche en rien sur le rythme ou l'histoire. Enfin, et pas des moindres, le rire, cette alchimie fragile entre tension, tempo et situation. Les personnages sont tragique, mais le décalage flagrant entre la détresse de leurs situations et la vulgarité avec laquelle ces situations se résolvent vont vous faire rire à pleine gorge.

 
Shitz, c'est à la fois une pièce tragique, une satire sociale, une comédie burlesque, un cabaret ironique... On n'en sort pas indemne, et c'est agréable.
 
Guillaume Pidancet

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