07/02/2014

MISSION PAR BASTIEN

Je ne m'étais pas renseigné sur Mission avant d'entrer dans La Comédie. C'est donc sous mon regard ignorant que ce belge boitant et chauve que je ne connaissais pas est arrivé. Il s'est présenté comme missionnaire en Afrique et a commencé à nous parler de son expérience. Les préjugés présentant les missionnaires comme des bigots qui n'ont pas conscience de la réalité commençaient déjà à poindre, mais les premiers mots sonnaient plus humains que religieux. Il a parlé du quotidien, des joies, des peines, des actions réelles des missionnaires par anecdotes et par pointes d'humour. Il a présenté son voyage, en « hors-bord » avec enregistrement de bruits de pagaies comme preuve. Et puis il nous a parlé de la superstition des gens, des traditions absurdes, des journalistes qui ne faisaient qu'effleurer les problèmes, des humanitaires qui le regardaient de manière condescendante, enfin de ses contrariétés et de ses doutes. Il nous a alors parlé de la mort, des massacres d'enfants et des cruautés abominables et il les revivait derrière son petit bureau de conférencier. En effet, en allant voir Mission, je n'ai pas vu une pièce et un acteur, j'ai vu une conférence et un missionnaire.
 
 © Koen Broos

Le mérite revient déjà au comédien, qui, après recherche, s'est révélé être Bruno Vanden Brœcke, un grand nom du théâtre flamand. S'il ne l'était pas déjà, il aurait amplement mérité de l'être. Il nous offre une performance superbe passant du rire aux larmes avec un naturel incroyable. Certains pourraient dire qu'un comédien donnant une conférence aurait le même impact à la radio, sans l'image. Cependant, il apporte beaucoup d'expression corporelle et beaucoup de réalisme, si bien que le jeu est indispensable à la voix. Il entraine le public dans un environnement différent si bien joué qu'il en devient palpable.
 
Ensuite, il faut saluer évidemment la qualité du texte, pour lequel David Van Reybrouck a rencontré  des missionnaires au Congo. Il signe avec Mission un témoignage vrai, drôle et touchant qui nous donne envie de l'entendre à nouveau.
 
La fin me laisse perplexe cependant. Dans son doute existentiel, Père André s'adresse à Dieu en lui demandant ses pleurs. Son cri déchirant lui apporte le tonnerre et la pluie sur la scène. Il se redresse alors, enlève sa veste, va chercher un oiseau empaillé pour l'étreindre et le déposer sur le bureau. La toile de fond se lève, révélant l'arrière de la scène rempli de chaises en plastique où il finit par s'asseoir. La lumière s'éteint et nos applaudissements se font entendre. Je n'arrive toujours pas à expliquer ce changement de ton et de décor à la toute fin de la pièce et pourtant elle convient parfaitement comme chute.
 
C'est exactement ce que m'a paru Mission : un mélange d'histoires, d'anecdotes et de tons qui s'emboîtent les uns dans les autres pour nous faire réfléchir et réagir. Une pièce superbe et intelligente sans aucun doute.
 
Bastien Lance

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