21/03/2014

OH LES BEAUX JOURS PAR BASTIEN

« Quelle malédiction, la mobilité ! » Cette phrase à elle seule pourrait résumer Oh les beaux jours ! Une femme, Winnie, se réveille, le corps à moitié enfoncé dans un tas de débris qui semblent appartenir à la mer et au désert : un reste de bateau, des planches de bois, un monticule de sable dans lequel tout ce fatras est planté. La femme a avec elle, sa fidèle ombrelle et son cher sac. Elle commence cette journée comme tout autre : elle se peigne, se regarde dans le miroir et parle, parle encore et encore. Un long monologue interrompu par quelques interventions de Willie, son mari. Les interventions sont si rares qu'elles installent un large sourire sur le visage de Winnie. Oh le beau jour que ç'aura été ! Willie lui a répondu ! Une effroyable sonnerie rythme sa vie, lui ordonnant de s'endormir ou de se réveiller. Puis, dans la deuxième partie de la pièce, Winnie se retrouve n'avoir que la tête hors du sable. Elle ne peut plus se retourner et se tordre pour apercevoir le crâne dégarni de son mari, alors c'est son mari qui vient à elle. Quel merveilleux jour ç'aura été !



© Carole Parodi

Oh les beaux jours, de Samuel Beckett, est une ode au quotidien. S'il semble étonnant de
s'émerveiller pour de petites choses, comme de retrouver un revolver ou d'entendre son mari crier juste pour dire qu'il avait entendu, c'en est tout aussi touchant. Le quotidien peut paraître bien monotone et répétitif, comme on nous le montre ici par les phrases, les pensées et même les actions de Winnie qui se répètent en boucle. Pourtant, Winnie, jouée par une extraordinaire Christiane Cohendy, trouve son bonheur dans les petites choses.

Christiane Cohendy fait preuve, en effet, d'un extraordinaire talent pour faire passer des émotions avec la moitié de son corps, et même avec son visage seul. Elle nous fait vivre dans ce quotidien, rire avec elle et réfléchir tout autant. Elle nous donne même envie de chanter avec elle. Portant la pièce avec un incroyable don, elle ne faiblit pas une minute dans son interprétation de Winnie.
Le grand absent de la pièce est bien entendu le mouvement. Mais cette composition du non-mouvement ou plutôt du petit mouvement de bras, de tête ou de torse lorsqu'il y en a encore un, fait illusion pour que l'on en oublie presque le manque de jambes. Il faut donc pour cela féliciter Anne Bisang pour la mise en scène de cette pièce de Beckett.

Malgré tout, la pièce dure une heure quarante-cinq. Une heure quarante-cinq dans le même tas de sable à fixer le même siège de théâtre, ou peut-être est-ce l'inverse, c'est long. Là est bien entendu le principe de la pièce : nous figer quelques heures dans ce quotidien que Winnie vit tous les jours. Si c'est long pour nous, imaginons pour elle ; si l'exécrable sonnerie nous déchire les tympans à chaque fois qu'elle retentit, imaginons l'état des siens après tant de jours. Pourtant, si l'expérience est très intéressante, je ne recommanderai cette pièce qu'à ceux qui n'attendent pas d'action. Ceux qui en veulent, passez votre chemin puisque vous le pouvez encore.
Bastien Lance

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