18/04/2014

DE GAZA

Lundi 24 mars

Je passe ma matinée à écrire un texte pour la défense de la culture. Échanges de mails, nombreux. Sentiment d’avoir perdu quelque chose. Je ne sais trop si c’est l’honneur, la culture ou le temps. Quelque chose est perdu, c’est sûr.

Midi : Anthony qui dirige (si bien) l’Institut me convoque sans délai à un repas. Je finis mon courrier rapidement et me retrouve autour d’un couscous qui, si j’ai bien compris, a été offert par la mère de deux artistes de Gaza, deux jumeaux, qui ont fait un film présenté au dernier Festival à Cannes dans la catégorie « un certain regard » et qui ne peuvent plus rentrer à Gaza. Le couscous est bon mais différent de ceux de mon enfance. À quoi cela tient-il ? À ce que nous mangeons dans le même plat avec des petites cuillères en plastique ? Que je ne connais presque personne et que l’ambiance est chaleureuse, joyeuse ? Il y a une forme de joie dans cette vaste prison qu’est après tout la bande de Gaza.

14h : les étudiants arrivent – une vingtaine – en ordre dispersé, mais ils arrivent. J’en retrouve certains rencontrés au mois de novembre. C’est bien d’être là.
Nous travaillons mon bricolage shakespearien de la veille. Ça marche.  Les étudiants ont l’air heureux. J’ai l’impression de ne pas être inutile.
Beaucoup parlent un très bon français, alors même qu’ils ne sont jamais sortis de Gaza. Ils montrent beaucoup d’appétit, de curiosité et de générosité dans l’échange. Les filles portent presque toutes un foulard sur les cheveux, souvent très élégant et assorti aux vêtements ou au maquillage. C’est la joie d’être là qui domine.

Le soir, j’ai l’autorisation de sortir de l’Institut – grand privilège – pendant une heure et d’aller dîner avec l’ami Ahmed dans un bistrot du centre. Mais – sécurité, sécurité – il faut dire dans quel bistrot nous allons, prendre une espèce de taxi, téléphoner à Anthony pour dire si on est bien arrivé au bistrot, reprendre un taxi, et retéléphoner pour dire qu’on est bien arrivé au centre. Retour à 20h.

Hervé Loichemol

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