30/04/2014

MUSSET ET SAND A GAZA

Il fait très beau sur Gaza. On entend la mer au loin. Le boulevard est presque vide. Les générateurs fonctionnent à fond. C'est aujourd'hui la fête de la francophonie. On devait donner le " badine "avec les étudiants de l'Université AL Azhar. Mon ami Hervé Loichemol qui dirige la Comédie de Genève avait fait travailler les étudiants sur le texte en novembre. Il devait arriver hier à Gaza. Mais à la dernière minute, et sans raison, l'armée a fermé Erez. Plus personne ne rentre. Pourquoi ? C'est comme ça. Un jour on passe, un jour on ne passe pas. Et cela n'a rien à voir avec les affrontements. Des fois, le passage est ouvert alors que les F16 gratinent la ville, d'autres fois, il ne se passe rien, il fait 20 degrés, tout le monde est à la plage et le passage se ferme. Mais comment faire sans notre directeur et sans le metteur on scène. On travaille ! Me voilà devenu metteur en scène grâce à Tsahal, comme quoi cette armée vole parfois au secours de l'art, chose que personne ne soupçonne ici. Les étudiants sont arrivés à l'Institut à 7H45, avec leurs costumes. Il fallait prendre le temps de réexpliquer un peu le texte de Musset : « C'est son histoire d'amour avec une grande écrivaine française, avec un jeune poète, Alfred de Musset, les deux vivent une grande histoire d'amour, ils vont à Venise. Là, Musset sombre dans l'alcool et la débauche avant de tomber malade. Sand tombe amoureuse du médecin qui le soigne. A la fin du séjour le couple des amants se sépare et Musset écrit cette pièce. »
Les questions fusent:

 - Ils étaient mariés ?
- Non !
- Et ils voyageaient ensemble sans être mariés ?
- Oui.
- Les femmes françaises étaient déjà très libres à l'époque?
- Non, elles n'avaient pas le droit de vote.
- Mais elles pouvaient prendre des amants ?
- C'est ça.
- Et le pauvre Musset, pourquoi il buvait ?
- Il était malheureux.
- C'est pas possible on peut pas être malheureux à Venise.
- En plus il était amoureux.
- C'est pas bien l'alcool, si Musset était musulman il n'aurait pas quitté Sand.
- Peut-être qu'il n'aurait pas écrit sa pièce aussi.
- Monsieur, comment on joue « mon cousin je vous ai refusé un baiser, le voici » ?
- Tu l'embrasses.
- Où ?
- Sur la joue.
- Je vais me faire tuer !
- Non, vous êtes fou monsieur !
- C'est pas possible !
- Les bombes oui, mais les baisers non !
- Il faut enlever ce passage !
- Monsieur, il a dit que Musset buvait trop.
- On peut pas couper comme ça.
- On peut pas jouer ça, le baiser !
- Vous savez qu'en France il y a des comédiens qui jouent nus ?
- Non, c'est pas vrai?
- Nus, nus ?
- Oui entièrement nus.
- Et même des femmes ?
- Même des femmes.
- Et on ne leur fait rien du tout ?
- Rien...
- C'est dommage, ça veut dire que les français ne prennent pas au sérieux le théâtre....

Gaza le 19 mars 2014, Mohamed Kacimi

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