08/04/2014

YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE







Dès aujourd'hui et jusqu'à vendredi, vous pourrez assister au spectacle Yvonne, princesse de Bourgogne, dans une mise en scène de Geneviève Guhl. La metteur en scène nous livre ici ses intentions de mise en scène:



De la présence
La perspective de mettre en scène Yvonne, princesse de Bourgogne de Witold Gombrowicz s’inscrit dans une continuité très naturelle des derniers spectacles de l’ascenseur à poissons. Après plusieurs créations c’est un grand désir de revenir à un texte dramatique. Ma dernière pièce Opus incertum, empilement de listes, dont les textes sont des listes écrites par moi-même et par des proches sur des thèmes très simples, était née d’une volonté de revenir à l’essentiel de la création et de nous concentrer notamment sur la présence : présence du texte : comment ne pas en perdre un mot, travailler le silence qui l’entoure et lui donner l’espace d’avoir une consistance, une résonnance, mais aussi présence de l’espace : comment il se met à vibrer si nous l’occupons avec finesse et évidemment présence de l’acteur : comment et quand entre-t-il en jeu ? Les lignes de force qui font exister son corps et sa voix, ici et maintenant. En revenant ainsi à l’essence du geste créatif, s’est élaboré un spectacle « sommaire », sensible, d’une grande simplicité, ayant permis d’éveiller une écoute beaucoup plus fine qu’à l’ordinaire. Rompant volontairement avec un théâtre fait de beaucoup de bruits et d’agitations.

Le travail sur Opus se poursuivra de façon passionnante ici.
Il se trouve que la pièce de Gombrowicz prend justement son ancrage dans un personnage central, Yvonne, qui de par sa nature muette et passive va réveiller et mettre en valeur toute l’agitation d’un Prince, d’une cour, d’une société bien pensante.

A la forme
Le travail sur la présence nous avait conduit naturellement à questionner la forme. La présence passe bien par une forme. Or quelle forme pour quelle présence ? Ou comment ne pas figer la forme, de façon à ce que la présence puisse exister et ne pas être étranglée. Et c’est aussi de ces deux éléments que le sens peut naître. Gombrowicz a réfléchi toute sa vie à la forme. Qu’il entendait liée à l’informe, l’immaturité.

Aussi, le projet de Gombrowicz n’est pas différent : amener les valeurs telles que l’Immaturité et la Jeunesse au rang de la culture,[…] Le paradoxe qu’assume Gombrowicz est simple : grandir non pas en restant jeune, mais en cultivant sa jeunesse, sa verdeur, son côté donc protéiforme, en somme pour lui devenir Gombrowicz en ne cessant pas de ne pas l’être.
Eloge de l’immaturité, Rémy Potier, in revue Topique, 2006

Si la pièce elle-même se déroule selon une fable assez simple, le scénario est loin d’être réaliste. Son écriture, au sens de sa théâtralité n’a en effet, ni une forme, ni un rythme homogène. Elle flirte avec plusieurs styles : le clown, l’absurde, le comique, certaines de ces scènes pourraient même être traitées comme des films d’horreur ou une comédie de mœurs, à quoi viendraient s’ajouter des séquences proprement tragiques.

La question de la forme vient charrier la matière même de la pièce, ses personnages, leurs motivations, leurs destins. Le Prince, en se proposant d’épouser Yvonne, lance au cœur de la cour une provocation qui vient ébranler les conventions (conformisme). Yvonne est bien plus matière à transfert que personnage, nous disons d’elle qu’elle n’a pas de forme (non-conforme ?). Emettrice – réceptrice, elle est construite par les projections que sa présence muette suscite. Elle est personnage / concept, personnage / philosophique.

Geneviève Guhl

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