09/05/2014

DE GAZA

Samedi 29

Ici, le samedi est le dernier jour du week-end. L’Institut est moins fréquenté qu’à l’ordinaire.
Une journée de travail sans sortir. Shakespeare est inépuisable.
Je montre aux étudiants les premières minutes de la mise en scène de Strehler. Quel choc quand je l’avais vue. L’infini du théâtre.
Dans une vie de spectateur, les spectacles qui restent se comptent sur les doigts d’une main. Malgré l’ennui fréquent, on continue à aller au théâtre pour connaître ce grand bouleversement. On sait que ça peut, que ça va, que ça doit arriver. Et ça arrive.
La distribution est fixée, les rôles répartis, le travail de répétition commence vraiment. Les étudiants sont assis autour de l’aire de jeu et utilisent trois micros sur pied, l’un pour le discours de Lear, les deux autres pour le chœur. Le système est efficace : il permet d’éviter le sur-jeu et contraint les étudiants à la simplicité, à la plus grande attention à la phrase, à l’élocution et à l’articulation du sens.
J’aime bien la vie monastique – isolement très relatif avec internet – mais il ne faudrait pas qu’elle se prolonge trop longtemps. 


Dimanche 30

Jour d’élection. Deuxième tour.
Dernière répétition. Nous trouvons sur Google Earth une carte de la Palestine qui servira de royaume partagé par Lear entre ses trois filles. Réglage de la projection en 10 minutes. Présentation du travail à 17h.
Je demande en préalable l’extinction des téléphones, mais évidemment  ça sonne au bout de trois minutes. Je fais semblant de ne pas entendre, mais ça dure, ça dure, ça dure, ça peut durer longtemps. Il faut arrêter et recommencer. Cette fois tout se passe bien.  Tout le monde est content.
Apéritif chez Anthony qui loge dans un treizième étage avec ascenseur – qui fonctionne – quartier populaire mais vue sur la mer.  Premier verre de rouge – chianti –  depuis une semaine.
Ahmed m’attend en bas de l’immeuble avec sa femme. Elle enseigne l’anglais dans un lycée et sort souvent avec lui. Je l’ai vue plusieurs fois à l’Institut. Je les rejoins et nous allons dans un restaurant. Traditionnel et plutôt bon. 
Les résultats des élections arrivent pas SMS. Triste soirée électorale. Mais Ahmed et sa femme sont là.

Hervé Loichemol

Aucun commentaire: