09/05/2014

DERNIÈRE CHRONIQUE DE GAZA

Lundi 31

Retour. Voiture blindée jusqu’à Erez. Route désolante.
Ce qu’il reste du passé balnéaire de Gaza compose un absurde paysage. Deux ou trois hôtels luxueux résistent pour accueillir les internationaux. Partout détritus, bidonvilles, routes défoncées, carrioles et bourricots. Me revient l’image de Pointe-Pescade où vivait Jean Sénac, à côté d’Alger. Mais sans la vie. 

Quelques kilomètres devant nous, Israël, Ashquelon, parfaitement reconnaissable à son énorme cheminée.  La mer semble plus forte que tout, paisible, éternelle. Mais au lointain on distingue clairement les bateaux israéliens qui maintiennent le blocus de Gaza. 

Passage d’Erez sans problème. De l’autre côté du mur, comme en novembre, le taxi prévu n’est pas là. Un homme me propose de me transporter. Il me voit batailler avec mon petit téléphone et me propose d’utiliser son Iphone pour appeler Anthony. Je finis par accepter son offre de transport à 400 shekels. 


Sur la banquette arrière, une femme est installée avec un enfant dans les bras. Au bout d’une dizaine de minutes le chauffeur me dit qu’il va d’abord passer à l’hôpital conduire la femme et l’enfant. Je lui dit non, impossible, il le fera après, nous irons d’abord à l’aéroport où j’ai juste le temps d’attraper mon avion. Nos échanges se font dans un anglais abominable. Il s’arrête dans une station service, gonfle un pneu, remonte, repart. Je me sens vaguement coupable de ne pas aller d’abord à l’hôpital – après tout l’état de la femme ou du gamin l’exige peut-être – mais l’avion ne m’attendra pas. Je redemande au chauffeur d’aller directement à l’aéroport et lui propose 50 shekels supplémentaires. Il m’en demande maintenant 600 au lieu de 450. Je refuse. Le ton monte, je le menace. On arrête le prix à 500. Il me demande mon nom. Pourquoi faire ? Il redemande. Je lui dis que je m’appelle John. Le voilà qui reprend son téléphone et, au milieu d’un échange en arabe, je l’entends clairement dire « John » à son interlocuteur. En quoi cela les concerne-t-il ? Je tente une fois encore d’atteindre Anthony avec mon petit Nokia pour lui expliquer ma situation. Connexion impossible. Je m’apprête à sauter de la voiture au prochain feu rouge, mais sur une route à trois voies ça ne sera pas simple de m’échapper et ma valise se trouve dans le coffre qui s’ouvre, je l’ai bien vu tout à l’heure, avec une clé qui pend au trousseau fiché dans le démarreur. Je risque donc de me retrouver perdu au milieu de nulle part et sans valise.  

Il finit enfin sa conversation, je lui demande de me prêter son téléphone comme il l’a fait spontanément à Erez, il fait semblant de ne pas comprendre – il est vrai que mon anglais empire avec l’inquiétude – il diffère, retéléphone, je le lui redemande, il refuse encore et me montre une carte sur son Iphone. Il en a besoin pour aller à l’aéroport. Comment ça ? Vous ne savez pas aller à l’aéroport ? Tout cela dans un épouvantable baragouin. 

Je me souviens alors que j’ai moi-même un Iphone. Connexion longue à venir mais réussie, allo Anthony, ma situation n’est pas fameuse, un chauffeur bizarre qui me rackette, je te le passe. Leur discussion en arabe est éternelle, je ne comprends évidemment rien. Que se sont-ils dit ?

J’aperçois un panneau avec un avion, puis un autre, encore, et même le nom de l’aéroport Ben Gourion.

On arrive, mais là je comprends qu’il ne peut pas y entrer et qu’il doit me laisser à l’extérieur. Je proteste, un aéroport c’est immense. Je sors et exige qu’il sorte ma valise du coffre avant que je ne lui donne l’argent. Il n’aura que 460 shekels et semble satisfait.
Un bus passe pas loin. Sauvé. J’aurai mon avion. 

Hervé Loichemol

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