13/11/2014

LE FRAGMENT

Vie de Gundling Frédéric de Prusse Sommeil rêve cri de Lessing « fait référence à une situation européenne, franco-allemande, et à une brusque irruption de l’imaginaire américain dans les dernières séquences ». C’est une succession de tableaux, qui, selon Heiner Müller, s’apparente aux romans collages de Max Ernst. En voici un bref descriptif par Jean Jourdheuil : « Cette pièce raconte la vie de Gundling en une scène ; la vie de Frédéric de Prusse en huit scènes au milieu desquelles est enchâssée la scène je viens de l’enfer, faîtes mon dieu que je devienne pieux Asile de fous prussien. Ensuite est placée une pantomime relative au poète Heinrich von Kleist et à son récit Michael Kohlhaas. Puis le triptyque consacré à Lessing SOMMEIL RÊVE CRI DE LESSING. »
Cette construction fragmentaire est à mettre en regard de l’œuvre de Brecht, fondateur du Lehrstück, qui a constitué pour Müller tout au long de sa vie une référence d’écriture tout à la fois admirée et critiquée – il le disait lui-même : « utiliser Brecht sans le critiquer, c’est le trahir. ». Selon Jean Jourdheuil : « À la "pièce bien faite" selon les préceptes brechtiens, à la représentation de la "fable" en tant qu’elle constitue un "tout", il [Heiner Müller, ndr] oppose la notion de "fragment". [...] il confronte la lecture marxiste, progressive, chronologique de l’histoire aux cristallisations "quasi-mythiques" qui s’imposent à l’esprit, parfois de manière fulgurante, dès lors qu’on appréhende l’histoire selon le point de vue nietzchéen de "l’éternel retour". »

Hinde Kaddour

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