07/11/2014

L'ILLUSION COMIQUE PAR STEPHANIE

Le paradoxe d'une scénographie captivante


     Lorsque L'Illusion comique débute, le rideau ne se lève pas mais fait partie intégrante de l'action. Le paysage y est projeté sur un voile qui ondule, dessinant des montagnes de tissus. L'image suggère une présence fantomatique et cette dernière se matérialise devant nos yeux, passant de la projection filmique à l'existence scénique. Geneviève Pasquier et Nicolas Rossier proposent ainsi une rencontre entre deux médiums : le théâtre et le cinéma. Par ce biais, une illusion se crée entre l'image représentée sur la toile et la réalité du personnage sur scène. C'est un leitmotiv que les metteurs en scène reprendront tout au long de la pièce, comme une toile de fond offrant au spectateur diverses lectures autour d'un célèbre texte cornélien.



© Isabelle Daccord

     Pourtant, bien qu'étant un texte dramatique notoire pour certains lecteurs, cette pièce ne l'était pas pour bon nombre de spectateurs du samedi 1er novembre 2014. À la sortie de la pièce, des échos résonnaient tels que: « je ne connaissais pas la pièce et j'étais perdu » ou encore « je ne savais plus ce qui était présent dans la pièce à l'origine ». C'est là que le paradoxe de cette mise en scène surgit. Le pari était osé : faire cohabiter de la bande dessinée, des vidéos, des inserts musicaux (telle qu'une reprise de Britney Spears et une mélodie de Frank Sinatra), la feinte d'un appel téléphonique de Matamore etc. En effet, L'Illusion comique montée au théâtre des Osses ne consiste dès lors plus uniquement en la vision biaisée que Pridamant a de son fils Clindor, mais bien en une multiplication des illusions et des clins d'oeil adressés au spectateur. Ce procédé égare malencontreusement ce dernier par une mise en scène spectaculaire.

     La scène est organisée de la manière suivante : au premier plan, quatre panneaux et en arrière-plan, trois panneaux. Ces derniers se meuvent, modifiant ainsi l'espace scénique selon les scènes. Tantôt ils supportent une image, pareils à des tableaux, tantôt, ils deviennent des miroirs semi-transparents. Et c'est à mes yeux, sur ce point que la mise en scène excelle. En effet, les rapports à l'espace et les relations entre les personnages se renversent, donnant à voir au spectateur un face à face direct dans le reflet, alors qu'un des acteurs tourne le dos à son interlocuteur sur la scène en laissant apercevoir des témoins derrière les panneaux. Plusieurs aspects attirent nos regards : les reflets des miroirs, les projections colorées et les acteurs conversant, si bien qu'on ne sait plus où regarder et comment parvenir à écouter le texte du 17ème qui exige une oreille attentive.

    Au sortir de ce spectacle, je suis impressionnée et déboussolée. J'en ai reçu plein les yeux et je ressors remplie de mille petits détails qui ont attiré mon attention. Il est certain que les metteurs en scène qui ont monté cette pièce ont une imagination débordante, mêlant à la drôlerie des rapports spatiaux fins et complexes. Mais il me semble paradoxalement que ce montage s'adresse à un certain public, en ce sens qu'il mérite une attention totale. Cependant, même avec une concentration absolue, la multiplication des niveaux entrave paradoxalement la compréhension de certaines scènes. Je salue l'audace, la qualité minutieuse du travail d'horloger, la beauté de l'esthétique, mais je regrette quelque peu l'excès et la surenchère de ce mélange hétéroclite.

Stéphanie Barbetta

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