19/11/2014

VIE DE GUNDLING FRÉDÉRIC DE PRUSSE SOMMEIL RÊVE CRI DE LESSING PAR VICTOR

En allant voir cette pièce, ou devrai-je dire ce spectacle aux formes plus hétéroclites les unes des autres, on se retrouve tel Alice suivant le Lapin Blanc dans le trou. Un trou qui ouvre sur un autre monde, un monde qu’on ne peut comprendre sans avoir les bonnes clés. Mais ne nous inquiétons pas, ces clés nous sont données par deux maîtres : Heiner Müller et Jean Jourdheuil.

© Isabelle Meister

C’est un monde que l’on découvre avec des yeux innocents, un monde qui est approché de la manière la plus simple et la plus objective possible. Mais c’est à travers des enchaînements bien rythmés et intégrés dans la dramaturgie de la pièce que tout prend réellement sens. Jean Jourdheuil et son équipe arrivent à rendre le plus fidèlement possible compte de l'écriture de Müller. Les époques se rencontrent, se croisent et s'entrechoquent afin de donner une vision cyclique (et stagnante!) de la temporalité de l'Histoire. C'est vertigineux et affolant. Grâce au génie de la mise en scène et à l’écriture surprenante d’un dramaturge censuré en son temps, l'on découvre le monde, comme pour la première fois, désabusé, irréel et pourtant (re)présenté de manière si réaliste qu’il en devient dérangeant. Mais intéressant malgré tout, par le cynisme et la légèreté employés en ce qui concerne les choses graves de la vie. Rien ne peut vous préparer à ce voyage aussi perturbant qu’enrichissant, tant les perles que recèlent chaque objet, chaque mouvement, chaque mot sont denses.


Il ne s’agit ni d’un théâtre contemporain, encore moins d’un théâtre classique, mais plutôt d'un théâtre "müllerien" mis en forme par un Jean Jourdheuil toujours en forme !   

Victor Borghi 

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