10/12/2014

CONDITIONS D'ÉCRITURE

Considéré comme l’un des sommets de la littérature allemande, le Faust de Goethe nous entraîne dans une époque de transition : celle du passage du Moyen Âge à l’époque moderne. Chez Goethe, Faust devient un uomo universale en rupture avec le savoir scolastique, l’égal de Paracelse (1493-1541) et de Cornélius Agrippa (1486-1535). L’écriture de la pièce – si l’on inclut la deuxième partie – fut l’œuvre d’une vie entière.

Goethe à 79 ans par Joseph Karl Stieler en 1828

Une généalogie de la composition de Faust I (Faust, Eine Tragödie) peut constituer un bon moyen d’en saisir la trame, l’évolution poétique et philosophique. Tout débute avec l’Urfaust, composé entre 1773 et 1775, une œuvre de jeunesse où l’on découvre un premier groupe de scènes : le premier monologue de Faust et le dialogue avec Wagner (son assistant), la scène entre Méphistophélès et l’étudiant, la scène de la Taverne d’Auerbach et la séquence avec Marguerite (sans la « Mort de Valentin » ni la « Nuit de Walpurgis »). Pure expression du Sturm und Drang, ardente et émouvante, cette version originelle contient un double mouvement : une aspiration de l’âme à une « vie vaste et infinie » en même temps que le constat douloureux des limites de l’existence humaine.


Douze ans plus tard, Goethe retravaille ce premier texte et ajoute quatre scènes : un fragment de la scène du pacte, « Cuisine de Sorcière », l’invocation à « L’Esprit Sublime » dans la scène « Forêt et Caverne » et la mort de Valentin dans la séquence de Marguerite. Cet ensemble s’intitule Faust, Ein Fragment. L’angle sous lequel est envisagé le drame a changé : le poète a mûri, il observe les événements avec un peu plus de distance, et un peu moins d’abattement. L’étroitesse de la vie humaine semble être devenue plus acceptable : à l’homme il n’est donné rien d’autre que « d’être homme ». Par ailleurs, on note également que Méphistophélès a pris des traits plus humains : il est désormais le « Compagnon » (Gefährte) de l’homme, sa part inaliénable.


Bien des années après, entre 1797 et 1801, Goethe écrit la « Dédicace », le « Prologue sur le théâtre », le « Prologue dans le ciel », le second Monologue avec les Chœurs de Pâques, la Promenade « devant la porte de la ville » jusqu’à la première apparition de Méphitophélès, ainsi que la « Nuit de Walpurgis romantique » et les premiers 265 vers du « retour d’Hélène ». Après 1804, la scène de la signature du pacte prend sa forme actuelle. En avril 1806, Faust, eine Tragödie, après d’ultimes retouches, est achevé. Le texte paraît en 1808 dans le huitième volume des Œuvres

Hinde Kaddour

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