04/12/2014

FRIEDRICH HÖLDERLIN - BIOGRAPHIE

Friedrich Hölderlin (1770-1843) est un poète et philosophe de la haute période classico-romantique en Allemagne. Il fait partie de cette génération qui vient après Goethe (qui a été très réticent à donner leur place à ces nouveaux intellectuels). 

Friedirch Hölderlin, pastelle de Franz Karl Hiemer, 1792

Il est l’ami de Hegel et de Schelling, étudiants comme lui au Grand Séminaire de Tübingen, et avec lesquels on considère qu’il est le fondateur de l’idéalisme allemand. Il est le grand inventeur de la modernité poétique. C’est lui qui assigne à la poésie moderne sa nouvelle destination : prosaïsme, suture à la philosophie, tension prosodique, fragmentation etc. Avec Hölderlin apparaissent les maîtres-mots de la modernité artistique. Il est aussi celui qui a essayé de penser son temps, et d’en résoudre les tensions, se demandant que faire de l’héritage grec et de l’héritage manqué de la Révolution française. C’est dans cette réflexion profonde sur l’invention de la politique, que Hölderlin déploie sa nouvelle fonction de poète. Hölderlin a fait l’objet d’un nombre vertigineux de lectures et d’appropriations. La plus massive a été l’interprétation de Heidegger, qui fait de Hölderlin le poète par excellence de la nation allemande, de son destin, et du dévoilement de l’Être. Cette interprétation est grave, car elle a permis d’annexer Hölderlin du côté du social-nationalisme allemand. C’est à cette interprétation qu’aussi bien Klaus Michael Grüber que Philippe Lacoue-Labarthe, par exemple, ont essayé d’arracher Hölderlin. Faisant de lui le poète d’une révolution authentique et d’une nouvelle manière de traiter le monde dans l’art. Hölderlin a élaboré une oeuvre d’une intensité exceptionnelle. Devenu précepteur pour gagner sa vie (il avait refusé de devenir pasteur et s’est dès lors, toujours heurté à des problèmes financiers), il obtient un poste dans une maison appartenant à un riche banquier de Francfort. Hölderlin rencontre en la femme de ce dernier, Susette Gontard, qu’il appelle « Diotima » dans ses poèmes et dans son roman Hypérion, le grand amour de sa vie. Découvert par le mari, le bonheur de cette relation ne dure pas. Hölderlin quitte Francfort en septembre 1798. Survient alors une période d’intense créativité, avec les grandes élégies et le second volume de Hypérion. Il écrit également des textes philosophiques et une tragédie, Der Tod des Empedokles (La Mort d’Empédocle), qui reste inachevée. Parmi les grands poèmes de Hölderlin, on peut citer : Brot und Wein (Pain et Vin), L’Archipel, où l’on voit à l’oeuvre le « retour » et le rapport élucidé à la Grèce antique que Hölderlin fait effectuer poétiquement à l’Allemagne de son temps ; Heidelberg et Le Rhin, Germanie, Patmos, etc.

En 1802, il se résout à venir travailler en France. Après avoir tenu un bref emploi de précepteur à Bordeaux, Hölderlin retourne au bout de quelques mois en Allemagne. Ce voyage du « retour », effectué probablement à pied, à travers la France post-révolutionnaire, bonapartiste, renferme sa part de mystère et d’inconnu. L’histoire littéraire tend en tous les cas à dater l’éclosion de la « folie » du poète de ce « retour de Bordeaux ». Il y a appris la mort de Susette Gontard et revient à Nürtingen. Son état de santé se dégrade de plus en plus. Il sera interné de force dans la clinique du docteur Autenrieth à Tübingen en 1806. Les Grands Hymnes de Hölderlin sont écrits entre 1800 et 1803, et des fragments extraordinaires de la grande poésie hymnique sont écrits jusqu’en 1806 environ (la datation devient difficile à ce moment-là). À partir de 1800, Hölderlin traduit : Pindare et Sophocle : Œdipe, Antigone, Les Remarques sur Œdipe et Antigone, des textes d’une densité inouïe et d’une importance considérable sur la tragédie et pour la traduction occidentale du « mythe tragique » dans le monde moderne.
Les trente-six dernières années de la vie de Hölderlin se déroulent dans l’ombre de la folie, chez le menuisier Ernst Zimmer à Tübingen. Il meurt le 7 juin 1843. Hölderlin rédige encore, de 1807 à 1843, des poèmes portant principalement sur le cycle naturel des saisons, en les affectant de dates fantaisistes : 1748, 1936, poèmes signés à partir de 1841, sous le pseudonyme de Scardanelli.
C.T. Schwab édite après la mort du poète la première édition de son oeuvre (1846).

La vie de Hölderlin est remarquable en ceci qu’elle est coupée en deux. Il y a le temps de la production artistique, le temps de l’amour, de la difficulté à vivre, à trouver une place et il y a le temps du retrait dans la fameuse tour de Tübingen, où Hölderlin, réputé fou, a passé plus de la moitié de sa vie, recueilli à l’âge de 37 ans par la famille du menuisier Zimmer qui l’a hébergé jusqu’à la fin de ses jours. Hölderlin, entré ainsi dans le silence au plein temps de sa jeunesse, ne devait quasiment plus écrire, ni établir de contacts avec le monde, sans toutefois mourir de mort violente mais plutôt « errer sous l’impensable » comme il l’avait dit de Œdipe et de l’homme moderne.

Marie-José Malis

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