08/12/2014

HYPÉRION PAR BASTIEN

Comment adapter un roman épistolaire au théâtre ? On pourrait voir deux personnes se répondre par monologues interposés ou une personne lire le texte à la fois supposément envoyé et reçu. Pour Hypérion, roman épistolaire de Friedrich Hölderlin, Marie-José Malis propose une mise en scène différente et intéressante, en faisant intervenir un chœur de comédiens sur scène.

L'histoire est celle de la Grèce et de la jeunesse, demandant une révolution pour sortir de la misère. Le propos sonne terriblement actuel et pourtant le roman date de la Révolution Française. C'est là la force du texte d'Hypérion : cet appel intemporel à la révolution et cette volonté de faire changer les choses.


© Hervé Bellamy 

Dans la proposition vue la semaine dernière à la Comédie, nous avons plusieurs comédiens sur scène dans une rue, assis devant un bistrot. Le premier point qui me dérange dans la mise en scène de Marie-José Malis, c'est la lenteur du texte. En effet, dès les premières phrases, les silences pèsent, coupent le texte et cisaillent les dialogues, au point, parfois, de ne plus savoir où commence ni où finit une phrase. Cette lourdeur fait perdre la logique et la continuité du texte, ce qui implique qu'il faille se concentrer tout le long pour éviter de se noyer dans les silences et de divaguer au fil de la pièce.

Quant à l'interprétation du texte, elle me laisse par moment perplexe, par exemple lorsqu’un comédien hurle un mot qui me semble insignifiant pour finir sa phrase en sanglotant à mi-voix. Car le problème majeur est là, même au premier rang, je ne saisis pas toutes les répliques à cause du volume sonore trop faible de la voix de certains comédiens. Les cris et les sanglots paraissent naturels lors d'une recherche presque désespérée d'une issue à la misère, mais le côté systématique de ces plaintes prend un côté parfois risible, non sur le fond, mais sur la forme, à cause de la répétition. Cela fait, du coup, perdre tout son tragique à la pièce et m’empêche personnellement de me sentir impliqué dans ce qui se passe sur scène. C'est un peu comme d’assister à une discussion avec quelqu'un qui a un tic de langage. Et malgré le sérieux et le côté touchant du sujet, je ne réussis pas à être ému.

La mise en scène, quant à elle, est plutôt bonne dans sa sobriété et, parfois, dans sa symbolique, créant de rares moments où l'intérêt revient, au bout d'un long moment d'inactivité. Nous touchons là aux deux vrais problèmes de la pièce : sa longueur et son rythme. Entre les quelques mouvements des personnages et leurs silences à répétition, la pièce souffre d'une lenteur extrême qui pourrait passer dans une pièce d'une heure et demi, voire de deux heures, mais qui rend le temps incroyablement long dans une pièce de quatre heures. Je ressors finalement de la salle fatigué, à la fois par la lourdeur du texte, que par l'effarante durée de la pièce.

Et même si je comprends la démarche de la metteure en scène, une question se pose à moi : comment est-ce qu’une forme théâtrale peut être en même temps au service du texte et en même temps le perdre ? Si l’acte de Marie-José Malis reste d’un courage insensé, il est tout de même une épreuve bien difficile à vivre pour un public.


Bastien Lance

Aucun commentaire: