03/12/2014

HYPÉRION

Cette semaine, le public de la Comédie pourra assister aux représentations d'Hypérion dans une mise en scène de Marie-José Malis. Elle nous livre ici les enjeux d'une telle adaptation.



Les coeurs qui avec leur force ressemblent aux choses célestes, avec tonnerre, vont venir.

Je voudrais adapter à la scène, le roman de Hölderlin, Hypérion. Cette adaptation réunira sur scène les comédiens de ma compagnie, La Llevantina, et de jeunes comédiens amateurs.
Je veux l’adapter parce que Hypérion est le roman écrit par un jeune homme au soir de la Révolution française pour qu’une nouvelle révolution de la jeunesse réussisse. Parce que ce roman parle de la Grèce, de la révolution en Méditerranée. Parce qu’il est écrit par Hölderlin qui est un ange, l’inventeur d’une modernité véritable et le poète le plus haut. Et parce qu’aussi K. M. Grüber avait adapté ce roman dans les années 70.
Je veux que nous soyons ainsi, acteurs, jeunes gens dans ce vieux pays de l’universalité, penchés ensemble à penser ce roman et la politique de pur soleil qu’il invite à désirer.
Je pratique un théâtre de la pensée. Il n’est ni froid ni désertique. Il n’est pas non plus désarmé ni conforme. Il est peut-être aujourd’hui, plus scandaleux que d’autres. Il est celui de la fraternité et de la confiance. Il est joie, travail et invente un temps et un principe d’adresse. Il dit que le théâtre est le seul lieu public constituant qu’il nous reste. Il construit ses représentations comme les veillées d’occupation ou d’attente d’une aube vraie : longue veille d’une pensée qui cherche son issue. Une veillée, où de comprendre ce qu’il nous arrive, de le comprendre vraiment, en termes éclaircis et en corps re-disposés par les conséquences, toutes les conséquences, nous serons sauvés.
Et qu’il faille pour cela que le théâtre entraîne ses acteurs dans la lente et bouleversante tâche de la pensée, pour qu’avec eux se configure sa place dans nos vies, eh bien je le salue et l’en aime chaque jour davantage. Surtout à éprouver que, par là, je suis de ceux de mon temps qui rassurent le théâtre sur sa force. Oui, je l’épuise mais en même temps, aussi, au bout de la nuit, j’en réitère la nouveauté. Ah ! quand le théâtre est reconnu (et pas seulement enregistré ou défait).
Alors, après avoir monté Pasolini, Kleist, Pirandello, je reviens encore et toujours à ce théâtre de la pensée. Long travail nouveau de ce petit roman absolu : qu’avons-nous manqué d’aimer pour que nos politiques réussissent ?
Il faudra bien, un jour, entrer dans un vrai temps nouveau...

« Parce qu’il y a – nous voici au nœud de la question – une idée directrice que tout le monde partage – sincèrement ou insincèrement –, l’idée que la pauvreté est le plus grand malheur du monde, et que donc, à la culture des classes pauvres doit se substituer la culture des classes dominantes. » Pier Paolo Pasolini, Lettres Luthériennes

Marie José Malis

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