11/02/2015

À L’ASSAUT D’UN MYTHE de «Il disprezzo» de Moravia à «Cinéma Apollo» en passant par le «Mépris» de Godard

1. Ulysse, l’homme plein de ruses - navigateur, père de famille et époux le plus souvent fidèle - a été le fondateur de l’art de la guerre moderne. Son invention, le cheval de bois, détruisit Troie et mit fin à la guerre de la même façon que la bombe de Robert Oppenheimer détruisit Hiroshima et Nagasaki. Le cheval a été la première arme de destruction massive. Les Grecs belliqueux du temps d’Homère ne menaient pas ce genre de guerres. Or Robert Oppenheimer n’a pas été le seul descendant d’Ulysse, aimé et haï lui aussi des dieux qui s’entredéchiraient.  Au début du vingtième siècle, avec la première guerre mondiale, les descendants d’Ulysse se muent au nom de croyances diverses, et avec plus ou moins de talent, en serviteurs des dieux qui se combattent. Même s’ils ne sont pas aussi puissants qu’eux, ils les dépassent en importance puisque leur pensée influence et oriente les idées des dieux. Leurs innombrables noms se fondent dans des mots tels que neutrons, parasites ou satellites. A l’époque de l’infini de l’esprit, l’Odyssée représente le mythe qui nous est le plus proche. Or Ulysse était guerrier, chef de clan ou roi, l’un des héros antiques.



                                                                                                   © Samuel Rubio


2.  Le pauvre écrivain Riccardo essaie de se faire de l’argent pour offrir à sa femme Emilia une vie meilleure. Il doit écrire un scénario sur l’Odyssée pour un réalisateur allemand qui vit à Capri. Pénélope et Ulysse, Riccardo et Emilia, les histoires de couple s’entremêlent et montrent que l’amour aussi peut être soumis à la logique du profit. Du moins quand il s’agit de survie. Riccardo comprend que Battista, le producteur du film, est le maître, et lui le serviteur, et qu’un serviteur a le droit de tout faire, excepté une chose: refuser l’obéissance au maître. Il perçoit autre chose aussi: que la tentative de se soustraire à l’autorité du maître par la ruse et la flatterie est encore plus avilissante que l’obéissance inconditionnelle; bref, qu’avec la signature qu’il a apposée au bas du contrat, il a vendu son âme au diable. Sans compter la pire des punitions: le mépris de sa propre femme.

Matthias Langhoff et Michel Deutsch

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