20/02/2015

L'ODYSSÉE CINÉMA APOLLO

Le texte de Cinéma Apollo se réfère à l'épisode de Circé dans l’Odyssée d'Homère. Voici l'extrait où les compagnons d'Ulysse arrivent chez la magicienne:


© Odile Meylan
(…)
210         Ils [Euryloque et ses 23 compagnons] découvrirent dans un val, en un lieu dégagé,
La maison de Circé avec ses murs de pierres lisses.
Atour se tenaient des lions et des loups de montagne,
Que la déesse avait charmés par ses drogues funestes.
Mais loin de sauter sur mes gens, les fauves se levèrent
215         Et vinrent les flatter en agitant leurs longues queues.
                Comme l’on voit des chiens flatter leur maître quand il rentre
D’un festin, car il a toujours pour eux quelques douceurs :
Ainsi lions et loups griffus flattaient mes compagnons,
Qui tremblaient de frayeur en voyant ces monstres terribles.
220         Arrivés sous l’auvent de la déesse aux belles boucles,
                Ils entendent Circé chanter dedans à pleine voix
                Et tisser une toile aussi divine que le sont
                Les beaux et fins gracieux ouvrages des déesses.
                Le premier qui parla fut Politès, chef des guerriers ;
225         De tous mes gens, c’était le plus cher et le plus sensé :
                « Amis, quelqu’un tisse une grande toile, là-dedan,
                Et chante un si beau chant que tout le sol en retentit.
Est-ce une femme, une déesse ? appelons-la bien vite ! »
                A ces mots, ils se mirent tous à crier leur appel.

230         Circé sortit en hâte, ouvrit la porte scintillante
                Et les pria d’entrer ; et tous ces grands fous de la suivre !
                Euryloque resta dehors, ayant flairé l’embûche.
                Elle les conduisit vers les sièges et les fauteuils ;       
                Puis, leur ayant battu fromage, farine et miel vert
235         Dans un vin de Pramnos, elle versa dans ce mélange
                Un philtre qui devait leur faire oublier la patrie,
                Le leur servit à boire et, les frappant de sa baguette,
                Alla les enfermer au fond de son étable à porcs.
                De ces porcs ils avaient la têt et la voix et les soies
240         Et le corps, mais l’esprit, en eux, était resté le même.
                Ainsi parqués, ils pleurnichaient, cependant que Circé
                Leur jetait à tous à manger glands, faînes et cornouilles,
                Qui sont la pâture ordinaire aux cochons qui se vautrent.
                Euryloque accourut en hâte au noir vaisseau rapide
245         Nous informer du triste sort qu’avaient subi les siens.
                Mais malgré son envie, il ne pouvait dire un seul mot,
                Tant le chagrin l’avait brisé ; ses yeux se remplissaient
                De larmes, et son cœur ne pensait plus qu’à sangloter.
                Mais lorsque, stupéfaits, nous l’eûmes tous interrogé,
250         Il finit par nous raconter la perte de ses gens :
                « Nous avions, sur ton ordre, atteint les chênes, noble Ulysse,
                Lorsque, au fond d’un vallon, nous trouvâmes un beau palais,
                Bâti de pierres lisses, dans un étroit découvert.
                Là, tissant au métier, quelqu’un chantait à pleine voix,
255         Femme ou déesse. Alors nous criâmes notre appel.
                Elle sortit en hâte, ouvrit la porte scintillante
Et nous pria d’entrer, et tous ces grands fous de la suivre !
Moi seul j’étais resté dehors, ayant flairé l’embûche.
La troupe entière a disparu, aucun n’est ressorti ;
260         Pourtant je suis resté longtemps à guetter leur venue. »
                Alors, accrochant sur mon dos mon grand glaive de bronze,
                Garni de clous d’argent, ainsi que mon arc et mes flèches,
                J’invitai Euryloque à me guider jusque là-bas.
                Mais lui, prenant à deux mains mes genoux, me supplia
265         Et dit ces mots ailés, entrecoupés de lourds sanglots :
                « Ne m’y oblige pas, enfant de Zeus ; repars sans moi.
                Je sais que tu pourras revenir ni ramener
                Aucun des tiens. Ah ! fuyons au plus vite avec les autres ;
                De la sorte on échappera peut-être au jour fatal. »
270         À ces mots, je pris la parole et je lui répondis :
                « Reste ici donc, Euryloque, à l’endroit où tu es,
                À boire et à manger au flanc de notre noir vaisseau.
                Moi, je m’en vais, car le devoir impérieux m’appelle. »
                Sur ce, je m’éloignai de mon navire et de la mer.
                (…)

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