06/03/2015

FRANCAIS, ENCORE UN EFFORT SI VOUS VOULEZ ÊTRE RÉPUBLICAINS PAR STÉPHANIE

« Mon plus grand chagrin est qu’il n’existe réellement pas de Dieu et de me voir privé, par là, du plaisir de l’insulter plus positivement. », disait le narrateur sadien dans L’Histoire de Juliette.

    C’est ce sujet qui revient dans la brochure extraite de La Philosophie dans le boudoir, « Français, encore un effort si vous voulez être républicains ». L’adverbe de gradation intensive « encore » indique à la fois un procès en cours et une relance à l’accomplissement du lecteur ou du spectateur. Ce texte constitue un élément emprunté ; en effet, il est dit avoir été acheté par un personnage. Il est par conséquent une lecture rapportée qui constitue une pause dans le rythme effréné de l’éveil sexuel d’Eugénie. Ici, le discours s’étend et se construit sur les thèmes de la théologie, de la politique et du droit de disposer de soi et des autres, en somme sur un renversement du système, sur de nouvelles subversions, si chères au marquis. Certes, la langue sadienne permet de mimer ce que l’acte sexuel fait dans la diatribe qui précède. Mais le statut de la langue dans ce texte est tout autre, l’émetteur préférant la description scientifique et légale à la l’action dialogique et aux mouvements de va-et-vient de la syntaxe. 


© Marc Vanappelghem 
  
     Le premier parti pris par Hervé Loichemol est celui d’avoir attribué ce discours à une femme, Anne Durand. En effet, ce choix implique plusieurs résultantes : tout d’abord, la parole féminine crée une provocation et une distance lorsque la comédienne aborde le statut des femmes. On pourrait se dire qu’il s’agit de la voix de Mme de Saint-Ange. Mais il manque dans ce cas un élément au tableau : Eugénie, l’initié.

     Le choix de la mise en scène d’un point de vue du décor était habile : un drapeau français, non pas exposé fièrement au dernier plan mais tombant telle une ruine comme s’il ne pouvait tenir debout et qu’il fallait le relever pour qu’il soit République. Du côté jardin, des robes de femme trônaient, suspendues à côté d’une coiffeuse de coulisse. La théâtralité était donc revendiquée. Ce texte n’étant pas destiné au théâtre, le choix des pauses dans la lecture était une liberté que le metteur en scène a exploitée en ajoutant des intermèdes musicaux joués par un pianiste (Daniel Perrin) qui permettaient aux comédiens de jouir de la nourriture, à défaut de jouir d’une autre chaire. Anne Durand se faisait le porte-parole de ce discours et les autres comédiens marquaient par leurs présences les auditeurs et servants de la dame. Lorsque Jean Aloïs Belbachir arrive sur scène portant une cage abritant un canari d’une main et un pot de fleur de l’autre, sa nudité est justifiée par la proposition d’illustrer l’homme, l’animal et la végétation dans leur plus simple appareil. En voyant le nom de Sade, tout spectateur s’attend à des exercices pratiques physiques plutôt qu’à une réflexion et l’audace a été de trouver derrière l’acte la thèse.

Stéphanie Barbetta

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