17/03/2015

LE LABOUREUR DE BOHÊME PAR LISA

Et si vous pouviez parler à la mort elle-même, que lui diriez-vous ?

De n’emporter avec elle que ceux qui le méritent ?

De vous rendre un être cher ?

De disparaître ?


Quelques soient nos désirs, notre colère et notre besoin de la maudire, notre raison sait que la mort est immuable que lui demander des comptes est égoïste, que la réalisation de ce souhait de résurrection ou de vie éternelle est irréalisable.


Dans sa pièce le Laboureur de Bohême-Dialogue avec la Mort, Johannes Von Tepl fait s’affronter les sentiments d’un laboureur et de sa raison incarnée par une personnification de la Mort. 



© Yann Becker


 Le dialogue est douloureux, violent et empli de l’incompréhension causée par les conditions opposées. En effet le laboureur est un homme comme il en existe tant d’autres : mortel, avec ses joies, ses peines et surtout son deuil qu’il pense insurmontable. À l’inverse, la Mort est unique et éternelle. C’est de cette opposition que naissent leurs plaidoyers, chacun cherchant chez l’autre l’écoute et la compréhension pour le rallier, ainsi que le public, à sa cause. Le spectateur est, de ce fait, pris à parti dans cette joute verbale. 




La scénographie du spectacle, la proximité entre le public et les comédiens ainsi que le rapport bi frontal dans lequel se trouve le spectateur laisse la place nécessaire à l’émotion. La sobriété du décor permet au spectateur de focaliser son attention sur le texte et sur la forte symbolique des éléments du décor. Des pommes du jardin d’Eden aux sables du temps qui s’écoule en passant par les flammes de vies que la Mort souffle, chaque détail renvoie le public au duel des protagonistes.


Dans sa mise en scène, Simone Audermars, colle rythme de jeu au rythme du texte. Les comédiens s’immobilisent pour mieux s’écouter et pour mieux s’expliquer lors des propos calmes mais ils s’agitent et courent d’un bout à l’autre de l’espace scénique lors d’échanges intenses ou lorsque la colère est trop forte. Ce choix accentue la volonté de mettre en valeur le propos du dialogue en donnant au public un rôle de juge. Même vieux de 600 ans, le texte du Laboureur de Bohême  sert des propos toujours actuels et permet au spectateur de réfléchir sur ses propres deuils et son rapport à la mort. Car le temps qui passe ne change ni la mortalité de l’homme, ni la douleur du deuil.


Lisa Rigotti


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