15/04/2015

L'ENJEU DU JEU



Comique parfois, théâtral souvent, ce roman présente donc la démarche hypothétique d’un personnage confronté à une réalité faite d’apparences paradoxalement contradictoires. Compte tenu de la conformation elle-même très hypothétique du texte, tel qu’il nous est parvenu, c’est donc un jeu proposé au lecteur, qui est invité à emboîter le pas à Jospeh K., au narrateur, à Kafka lui-même, c’est-à-dire à fantasmer et à réfléchir sur le destin d’un individu, de tout individu.

Quel est l’enjeu de ce jeu ? C’est comme dans tout roman (du moins véritable romand « classique », c’est-à-dire axé sur un héros), le sens d’une vie. Et cette question du sens n’est que la forme profane de la question théologique de la justification. Le Procès, par con sujet ou son projet, se situe dans le droit fil de la tradition romanesque qui va de Cervantès à Proust en passant par Stendhal, Flaubert, et Dostoïevski : de ces romans qui s’achèvent par une illumination, une désillusion du héros qui, au seuil de sa mort, enfin comprend ce qu’a été sa vie et ce qu’est la vie. Seulement Kafka se distingue de ces romanciers de deux façons. D’abord en remontant de la question philosophique du sens à la question théologique du salut et de la justification, ce que lui permet le choix de la métaphore judiciaire. Ensuite, parce que cette question posée avec une urgence et une brutalité inouïe, il ne peut plus y répondre que par la négative. Le Procès est le roman de la justification impossible.


LORTHOLARY, B. (1983) Présentation. In : KAFKA, F. (1983) Le Procès. Paris : Flammarion. pp 7-21
 

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