28/09/2015

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

© Régis Golay

 
Après une magnifique première semaine de représentations avec Cassandre, nous continuons à côtoyer les écritures du XXe siècle, mais cette fois, avec une œuvre majeure de la littérature française.

Paru en 1932, Voyage au bout de la nuit est l’une des pierres angulaires du roman contemporain, une révolution littéraire. Roman d’une veine picaresque, ce voyage est celui de Bardamu à travers la Première Guerre mondiale, le colonialisme triomphant ou encore la misère des banlieues. Céline nous livre une critique virulente, définitive de la guerre, de sa cruauté, de son absurdité, des lâchetés auxquelles elle contraint les humains. 

Mais si le Voyage a marqué un tournant dans l’histoire de la littérature, ce n’est pas par ses accents pacifistes, mais parce que l’auteur invente un langage nouveau, parlé et argotique, rythmé, chatoyant, qui continue à nous surprendre et à nous séduire aujourd’hui.

Céline, on le sait, ne s’est pas contenté d’écrire des romans. Il est aussi l’auteur de pamphlets antisémites virulents et haineux qui posent cruellement la question du rapport entre l’écrivain et son œuvre. Cette question, infiniment débattue, atteint avec Céline un point d’intensité maximum : comment le pourfendeur de la guerre et de ses noirceurs, a-t-il pu prôner des opinions qui semblent si éloignées de celles qui s’offrent au lecteur du Voyage ?

Ce roman a rarement fait l’objet d’interprétations scéniques – on se souvient de Fabrice Luchini et Jean-François Balmer. C’est dire combien la proposition de Philippe Sireuil - et d’Hélène Firla dans le rôle de Bardamu –  était attendue au moment de sa création au Théâtre du Châtelard en 2014. Simple, singulier et ambitieux, le spectacle a tenu ses promesses : le metteur en scène et la comédienne ont fait résonner ce texte inouï dans toute sa profondeur et lui ont donné toute son ampleur. 

Tatiana Lista

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