03/10/2015

CASSANDRE PAR LOUISE

Il y a d'abord le rouge, puissant, un grand pan de tissu d'un rouge puissant, près duquel s'approchera Fanny Ardant, Cassandre, dans une très belle robe, ni trop sobre ni trop splendide. Plus tard, elle arrachera ce rideau qui s'étalera par terre comme une flaque de sang ; Fanny Ardant n'en sera que plus éclatante, seule sur scène entre deux murs blancs et la puissance de la couleur rouge à terre. 


 © Marc Vanappelghem
 
Du haut de la première galerie, son regard à la fois figé et vivant nous capte, comme sa véritable voix de prophétesse, de prédicatrice, qui varie entre largesse, paroles intimes et restitutions de souvenirs : elle racontera la guerre, ses souvenirs, ses visions. En dialogue constant avec l'orchestre, Fanny Ardant est totalement au service du texte de Christa Wolf dans toutes ses subtilités et le spectacle prend son sens non seulement dans cette parole percutante, mais aussi dans sa dimension sensorielle. 

Des effets évocateurs travaillent avec soin l'image scénique pour soutenir le texte sans l'étouffer ou le paraphraser, mais l'originalité et la force du spectacle résident surtout dans sa forme opéresque où la musique joue un rôle aussi important que la parole et s'y marie avec beauté et délicatesse. C'est ainsi dans un univers presque trop propre et harmonieux que l'actrice nous fait part du récit de Cassandre, mais, au bout du compte, la présence de Fanny Ardant n'en est que plus valorisée et sa voix résonne, dans et avec la musique. Elle parle, elle donne à voir les épisodes de son histoire, et on l'entend, de la majesté au frisson. 

Louise Décaillet

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