05/10/2015

LE VOYAGE

Le voyage est intimement lié à la vie de Céline, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Afrique, les États-Unis, le Canada, Cuba, le Danemark pour citer les pays étrangers, mais également à l’intérieur de la France, Céline bouge beaucoup, mais son principal itinéraire, reste celui de l’écriture, une recherche permanente du style singulier, qu’il approfondit à travers ces différents ouvrages. En ce sens, voyager veut dire explorer. Explorer les possibilités de l’écriture, en allant jusqu’à sa déconstruction, pour qu’elle reflète une pensée syncopée au plus proche de la réalité, de son fonctionnement. Nous l’aborderons plus tard dans ce dossier, lors de l’entretien avec Henri Godard, mais avec Voyage au bout de la nuit, Céline, commence à peine une révolution littéraire qui ne cessera d’évoluer au fil de ses œuvres.
Dans Voyage au bout de la nuit, le ton est donné d’emblée, puisque le mot « voyage » apparait dans le titre même de l’œuvre. Gardons-en deux acceptions : une concrète qui définit le déplacement – celui du narrateur au fil de ses aventures – et une métaphorique qui désigne un parcours imaginaire :
Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination.
Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force. (Épigraphe du Voyage au bout de la nuit.)

C’est la toute la subtilité de Céline, sa capacité à lier ces deux formes de « voyage » qui deviennent indissociables l’une de l’autre et forment la structure même du roman, tel un voyage initiatique.

De manière plus générale on peut constater un lien entre la guerre et l’envie de voyager chez les écrivains de la génération de Céline. Voyager est un moyen de fuir l’horreur et la désolation. Céline part en Angleterre après avoir été blessé au combat et avant de se rendre en Afrique et aux États-Unis. Et c’est en Afrique que Céline commence à écrire, dans un moment calme de sa vie, durant lequel son imaginaire peut s’exprimer pleinement.

Avec sa première nouvelle, Des vagues, Céline relate sa traversée pour l’Afrique. L’écriture se manifeste donc comme un besoin de retranscription, mais comme le souligne Henri Godard dans Poétique de Céline, il serait faux de penser que l’écriture est la conséquence des voyages de Céline. Elle en est au contraire la cause, nourrissant le rapport intime qu’entretient Céline avec le monde, afin de le retranscrire dans ses écrits.

Et c’est également la force de la proposition scénique de Philippe Sireuil : faire voyager le spectateur immobile avec un Bardamu androgyne, à travers les mots de Céline. Avec une simplicité redoutable, la langue de Céline prend vie dans son oralité. Ces mots qui demandent une grande concentration au lecteur, parviennent aux oreilles du spectateur avec un grand naturel. C’est là tout le pouvoir de suggestion littéraire sublimé par l’art théâtral. 

Tatiana Lista

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