18/04/2016

LE VIOLON DE ROTSCHILD VU PAR R.E.E.L.

  18.04 - 14h - Critique le Violon© Carole Parodi



Ahmed Belbachir et le voyage chez Tchekhov  
La Comédie de Genève propose, jusqu’au 24 avril prochain, deux nouvelles de Tchekhov, Le violon de Rotschild et Chez soi, narrés par la voix envoûtante d’Ahmed Belbachir.
Le violon de Rotschild, c’est l’histoire de Iakov, le marchand de cercueils d’une petite bourgade. Très près de son argent, il passe son temps à calculer ses pertes. Rien d’autre ne semble importer. Aussi, lorsque sa femme tombe malade et est sur le point de mourir, il fabrique son cercueil, en comptant combien cela va lui coûter. En parallèle, il a développé une aversion envers Rotschild, un Juif flûtiste qui a la manie de rendre triste tout air qu’il joue avec des notes tristes. Alors que sa femme meurt, Iakov se rendra compte qu’il n’a jamais eu un geste de tendresse envers elle. Quand, quelques semaines plus tard, il apprend que lui aussi va mourir, il change d’attitude, se rendant compte que la mort lui permettra de ne plus faire de pertes. Il finira alors par se réconcilier avec Rotschild. Comment cela se traduit-il concrètement ? Pour le savoir, rendez-vous au Studio André-Steiger…
À cette première nouvelle plutôt sombre, succède une autre, sous la forme d’une petite comédie. Dans Chez soi, Iévguény Petrovitch, procurer au tribunal, rentre chez lui. La gouvernante lui apprend que son petit Serioja, sept ans, vole du tabac dans son bureau pour le fumer en cachette. Son père tente de le sermonner, pour lui faire comprendre qu’il a commis une faute. Mais il ne sait pas s’y prendre et, devant la naïveté et le visage enjoué de son fils, il se verra contraint de changer de stratégie, finissant par lui raconter une histoire, comme Serioja l’aime tant. La morale le convaincra finalement d’arrêter de fumer.

Le choix des nouvelles de Tchekhov peut paraître surprenant, tant l’auteur est plus connu pour ses pièces de théâtres. Pourtant, dans ses nouvelles, il fait toujours apparaître quelque chose de l’ordre du sublime, sous les traits d’une histoire d’apparence banale. Ce sont des textes puissants, touchants, qu’a donc choisi Hinde Kaddour, qui signe la mise en scène de la pièce.
Ahmed Belbachir porte avec un talent indéniable ces deux nouvelles. Sa voix, calme et envoûtante, séduit le spectateur. On ne pense plus à rien et l’on écoute ce qu’il raconte. Il est un conteur hors pair. Les nouvelles de Tchekhov nous arrivent pourtant d’un autre temps, d’une réalité géographie et historique bien loin de la nôtre. Pourtant, alors que Le violon de Rotschild se déroule à l’époque des pogroms, il s’agissait bien d’un profond engagement de la part de l’auteur.
La scénographie est également particulière. Tout est fait pour intégrer le public à la représentation. Quatre places sont sur scène, faisant face aux spectateurs, quatre places remplies par des membres du public. Ahmed Belbachir s’adresse à eux, dans une intimité rare. Derrière ces fauteuils, un miroir fait également face au public, qui peut ainsi se voir tout au long du spectacle. Chacun a donc, à divers niveaux, l’impression d’être totalement intégré à la pièce, aux histoires racontées, comme des enfants qui écoutent leurs parents avant de s’endormir.

Avec humour, tendresse, douceur et humanité, Ahmed Belbachir a su donner toute la profondeur méritée à ces histoires. Un très beau moment, hors du temps, que lui et Hinde Kaddour font passer au public. À ne pas manquer à la Comédie de Genève jusqu’au 24 avril.
Fabien Imhof

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