11/11/2016

LA BOUCHERIE DE JOB PAR STEPHANIE


Décapitez-les pour un sou !

La Boucherie de Job, c’est l’histoire d’une famille prise dans les carcans d’un système qui la dépassent. Le décor monumental est à l’image de ce système : le personnage s’y promène mais ne le maîtrise pas. La scène se métamorphose d’une boucherie à une maison à un chantier et finit par devenir un non-lieu séparé par de multiples bâches dans lequel les rapports sont obstrués. Le décor devient également allégorie : il se transforme en un tapis-roulant boursier sur lequel l’être est dépouillé dans une course effrénée contre les chiffres.


© Marc Vanappelghem

 Ce que je retiens de La Boucherie de Job mise en scène par Hervé Loichemol, c’est l’envie de dessiner des tableaux. 
L’équipe artistique a, pour ce faire, utilisé plusieurs rideaux (blancs, rouges, gris) : un sol pentu biseauté en carrelage rayé blanc. Sur ce plateau, différents destins particuliers vont trouver un écho avec l’universel. La chute de la famille devient la chute de l’homme dans la genèse : la pomme lâchée le symbolise. Cette dernière tombe dans la fosse noire qui encadre la scène, dans laquelle se retrouvent tour à tour le sang, l’eau, les cadavres.
La faillite que le père traverse, que sa fille ne comprend pas et que son fils prémédite est une forme de parricide, de castration du fils envers le père, semblable à celui de Cronos vis-à-vis d’Ouranos. Il permet un passage, une autre forme de vie.

Hervé Loichemol a proposé plusieurs angles de vue, mais tous ne m’ont pas convaincus. L’espace scénique, par exemple, se multipliait au profit de la beauté, mais au détriment du sens par moments.

Cette pièce invite à repenser la chute du petit commerce dans une société capitaliste. L’échec sentimental va de pair avec la perte financière comme le montre le garçon boucher, dont les rêves ne peuvent s’accomplir que nourris par l’argent.
À la manière dont on peut remettre en question un créateur du monde tout comme Job dans la Bible, ne pouvons-nous pas repenser le système économique qui meut nos relations ?
Cette pièce l’interroge.


Stéphanie Barbetta

Aucun commentaire: