02/11/2016

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT

Cette semaine se joue la reprise de Voyage au bout de la nuit, mis en scène par Philippe Sireuil et magnifiquement interprété par Hélène Firla. L’occasion pour nous de relire la critique de Bastien:


 © Marc Vanappelghem

Un mur. Devant ce mur, un banc. Les lumières s’éteignent et la salle est plongée dans le noir. Les derniers murmures s’estompent, les téléphones s’éteignent pour la plupart, le silence se fait complet et lourd. Soudain, le feu. La lumière, le son, l’odeur, tout ce qui apparaît sur la scène, c’est une flamme. Enfin, on aperçoit une cigarette qui s’allume et un visage. Ferdinand Bardamu.

Ferdinand Bardamu, héros de Voyage au bout de la nuit, ou plutôt Hélène Firla, chapeau melon enfoncé sur le crâne, costume noir et voix rauque. La cigarette à la bouche, elle raconte la guerre, la grande. Elle ? Vous l’avez sûrement vu partout, la grande nouveauté de cette mise en scène, c’est Bardamu incarné par une femme. L’histoire de la guerre, d’un enrôlement hasardeux, de l’horreur des flammes et des explosions et du bien-être des lâches raconté par Firla, c’est rauque, c’est beau et c’est vivant.
La mise en scène est très sobre, pourtant. Il y a trois éléments sur la petite scène : le mur, le banc et Hélène Firla. Pire, elle ne bouge pas. Enfin, je dis pire, mais c’est bien ça qui est incroyable. Elle ne bouge pas. Vissé sur son banc à nous raconter ses déboires, Bardamu capte au point d’oublier que rien ne bouge sur scène. Le corps s’agite et narre avec passion son voyage au bout de la nuit. Il faut dire que le texte est incroyablement bien écrit.
Entre oral et écrit, le style de Louis-Ferdinand Céline est aussi unique que son auteur. Nous passerons ici sur le débat concernant ses idées pour rester collés au texte. A le lire ou à l’entendre, le roman-voix de Céline sonne juste, tant dans les émotions que dans les réactions. On voit Bardamu, rien qu’en le lisant. On le connaît. Et on le reconnaît dans la mise en scène de Philippe Sireuil. On le reconnaît surtout dans Hélène Firla, qui tient son heure et quart avec un brio impressionnant.

Bastien Lance

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